L'autre jour, dans le train pour me rendre à une conférence à propos du climat pour les siècles à venir, la climatisation avait cessé de fonctionner, ou alors les CFF tentaient de faire des économies de bouts de glacière. Assise en face de moi une jeune dame agitait un éventail avec force et constance. Quant à moi je faisais en sorte de ne pas faire un mouvement de trop et de respirer le plus calmement possible pour contenir la production excessive de mes glandes sudoripares, ce qui ne fut pas couronné de succès.

J'arrivai en nage et cela me coûta les deux longues heures d'exposé pour sécher quelque peu tout en luttant contre le sommeil. À l'apéro, bonne occasion de pallier la déshydratation, j'eu une conversion animée à propos du retour sur énergie investie dans des installations transformatrices d'énergie, c'est-à-dire le fameux ERoEI (Energy Return on Energy Invested). Plus tard dans la semaine, il m'a fallu aller chercher une réserve de rosé bien sec qui, une fois bien frais, désaltérera les invités du ouiquende et, devant consommer cela avec modération, j'acquis aussi une paire de centièmes de m3 d'eau minérale piquante à souhait. Il faut maintenant porter ces boissons à la fraîche température qui s'impose, un nouveau minuscule âge glaciaire anthropogène.

Revenons sur cette histoire de ERoEI. Dans le cas qui me préoccupe il vaut mieux parler d'exergie négative créée par un lot de sueur et d'activité musculaire, et par des kWh pompés au réseau. En effet, la dame et son éventail a certainement dépensé plus d'énergie à se ventiler la face que cela n'a contribué à la refroidir. Quant à ma sueur, tant pour passivement me laisser transporter, écouter passivement une conférence ou activement peiner à transporter les liquides, elle aura été le fruit d'une intense combustion interne aux 37 °C de mon organisme pour, en fin de compte me trouver dans un état presque comateux. Les kWh, eux, serviront à ce que les boissons, une fois refroidies, se fassent réchauffer bientôt.

Dans tous les cas il ne reste aucune énergie utile restant à disposition après ces processus de transformation, l'exergie est négative, c'est donc de l'énergie gaspillée par rapport à trop d'énergie dépensée. Pour mémoire on rappellera que EU, l'énergie utilisée pour ces processus absurdes, est elle-même le fruit de processus scandaleusement inefficaces, métabolisme humain et mix électrique de composition variée.

Voilà donc un nouvel acronyme, EWoEU (Energy Wasted on Energy Used) qui mérite que des chaires soient crées dans toutes les écoles polytechniques, et que de longs chapitres y soient consacrés dans les cours de néo-comptabilité vertes (Green Bean Accounting). Il faut en toute urgence rédiger une demande de fonds de recherche, avec des tags comme climate / energy / climate justice / gender equality / Olympic doping rules / Driving Under Influence / back to hunting-gathering pour s'assurer d'un soutien général. Mais avant même que la science ne s'exprime pour confirmer que tout ce qu'on utilise se dissipe dans l'espace intersidéral, il faut, par application stricte du principe de précaution, faire cesser les activités que je décris qui sont écologistiquement criminelles.

Mes synapses ayant de plus en plus de peine à se connecter, il me faut conclure pour tirer une leçon de ce vécu singulier, transposable à toutes les populations en souffrance : il eût fallu rester chez soi, ne rien faire et n'inviter personne. Ne pas être né eût aussi été une solution d'indéniable durabilité. Mais je divague…

Kaiseraugst, le 28 juin 2019, par 31 °C à l'ombre